Fortes fortuna adiuvat : sens, origine et tatouage

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⚡ L’essentiel

  • « Fortes fortuna adiuvat » veut dire « la fortune aide les braves » : fortes (les braves) est le complément, Fortuna (le sort, la déesse Fortune) le sujet, adiuvat (elle aide) le verbe.
  • Il n’y a pas d’auteur unique. Fortis fortuna adiuvat figure dans le Phormion de Térence (v. 203) ; Cicéron la cite comme un « vieux proverbe » (Tusculanes, II, 11) ; Virgile écrit audentis Fortuna iuvat (Énéide, X, 284) ; Pline le Jeune prête fortes fortuna iuvat à son oncle face au Vésuve (Lettres, VI, 16).
  • Lecture stoïcienne : le courage se travaille, la réussite ne se commande pas. C’est la dichotomie du contrôle, et Cicéron lui-même ajoute que la raison aide les braves plus encore que la fortune.
  • Tatouage : choisissez une version attestée dans un texte ancien, sans accent, avec un verbe au singulier, puis faites relire le tout par une personne qui lit le latin.

Lectures pour oser agir

Trois mots latins, et pourtant on les voit écrits de quatre façons. Tantôt fortes, tantôt fortis, tantôt audentes ou même audaces ; tantôt adiuvat, tantôt iuvat ou juvat. La phrase est partout, en exergue comme en tatouage, et personne ne dit au juste d’où elle sort.

Voici la réponse courte. Fortes fortuna adiuvat se traduit par « la fortune aide les braves », et par extension « la fortune sourit aux audacieux ». Aucun auteur ne l’a inventée seul : Térence en donne la première trace que l’on puisse lire aujourd’hui, Cicéron dit qu’il s’agit déjà d’un vieux proverbe, Virgile, Pline le Jeune et Ovide en offrent chacun leur variante.

On va donc lire les passages eux-mêmes, un par un, les poser côte à côte, voir ce qu’en feraient des stoïciens (qui ne comptent justement pas sur la fortune), puis regarder de près ce qu’il faut vérifier avant d’encrer la formule sur sa peau.

Sommaire

Que signifie « Fortes fortuna adiuvat » ?

La traduction courante tient en une ligne : « la fortune aide les braves ». En français, c’est la version « la fortune sourit aux audacieux » qui circule le plus. Mot à mot, la phrase est plus économe, et son ordre un peu déroutant.

MotAnalyseSens
fortesaccusatif pluriel de fortis, complément d’objetles forts, les braves, ceux qui ont du cœur
fortunanominatif singulier, sujetle sort, la chance ; avec une majuscule, la déesse Fortune
adiuvatverbe adiuvare, 3e personne du singulier, présentelle aide, elle vient en aide

Le latin met ici l’objet en premier : « les braves, la Fortune les aide ». Cet ordre n’est pas une coquetterie. Les terminaisons indiquent qui fait quoi, et les mots peuvent donc se déplacer pour mettre en relief celui qu’on veut. Placer fortes en tête, c’est dire d’abord de qui l’on parle.

Que signifie le mot « fortuna » en latin ?

Le nom fortuna couvre plusieurs sens, selon le Wiktionnaire : la chance ou la malchance (le sort, bon ou mauvais selon le contexte), le destin, la prospérité, et au pluriel les biens que l’on possède. Avec une majuscule, Fortuna est aussi une déesse romaine. Dans notre phrase, il ne s’agit presque pas d’argent. Il s’agit de ce qui arrive et que l’on n’a pas décidé : un vent favorable, une porte qui s’ouvre, un malentendu qui tourne bien.

Quelle est la signification du proverbe « La chance sourit aux audacieux » ?

Le sens habituel est simple : celui qui se lance multiplie ses occasions, celui qui attend les laisse passer. Il y a pourtant une nuance que le français écrase. Fortis désigne le fort, le brave, celui qui tient bon. Audens, le mot de Virgile, vient du verbe audere, « oser » : c’est celui qui ose, au présent. Le brave et l’audacieux ne sont pas tout à fait la même personne, et les Latins ont gardé les deux versions.

Quelle est l’origine de « Fortes fortuna adiuvat » ? Térence et Cicéron

Le texte le plus ancien que l’on puisse lire aujourd’hui est une comédie : le Phormion de Térence, joué en 161 avant J.-C. selon la notice de la Wikisource latine (l’article anglais de Wikipédia donne 151, mais la Wikisource latine et le Wiktionnaire donnent 161). La phrase est au vers 203, acte I, scène 4. Elle est dite par l’esclave Géta à un jeune homme, Antiphon, qui s’effondre à l’idée d’être séparé de Phanium.

Antiphon : « Si mon sort en vient à ce point, Phanium, que je sois arraché à toi, il n’y a plus pour moi de vie à désirer. » Géta : « Puisqu’il en est ainsi, Antiphon, il faut d’autant plus que tu sois sur tes gardes : la fortune aide les braves. » Antiphon : « Je ne suis plus moi-même. » Géta : « Eh bien c’est maintenant, plus que jamais, qu’il faut que tu le sois ; car si ton père te sent timide, il te croira coupable. »

Térence, Phormion, v. 201-206 (acte I, scène 4), texte latin de la Wikisource latine et de The Latin Library, traduction libre

À la relecture, ce qui frappe, c’est le peu de grandeur de la scène. Ce n’est pas un discours de chef avant la bataille : c’est un esclave pressé qui secoue un garçon paralysé. La formule sert d’argument pratique. Si tu as l’air de trembler, on te soupçonnera ; si tu tiens ton rôle, tu as une chance. Dans cette bouche, elle ne promet rien, elle pousse.

Les éditions modernes impriment fortis (texte de Kauer et Lindsay, Oxford, 1926, repris par la Wikisource latine). Le Wiktionnaire précise que cette finale en -is est un accusatif pluriel, au même titre que la finale en -es de fortes : Térence a employé la première, Cicéron et Pline la seconde.

Car Cicéron, au début du livre II des Tusculanes, rappelle la formule en la qualifiant de proverbe déjà ancien. Il s’en sert pour ouvrir un tout autre débat.

« Car les braves, ce n’est pas seulement la fortune qui les aide, comme le dit le vieux proverbe, c’est bien plus encore la raison, qui affermit la force du courage par des sortes de préceptes. »

Cicéron, Tusculanes, II, 11, traduction libre (texte latin : The Latin Library)

Deux choses à retenir. D’abord, pour Cicéron, la formule est déjà une phrase toute faite : preuve qu’elle circulait avant lui et hors de Térence. Ensuite, il la retourne. La fortune aide, d’accord, mais la raison aide davantage. Nous y reviendrons, parce que c’est presque une lecture stoïcienne avant l’heure.

Tablette de cire, stylet en bronze, rouleau de papyrus et lampe à huile posés sur une table de pierre
Térence, Cicéron, Virgile, Pline : la même formule se retrouve dans des textes que l’on peut lire en ligne.

Qui a dit « Audaces fortuna juvat » ? Virgile, Pline le Jeune et Ovide

La question revient souvent sous cette forme. Réponse honnête : personne, mot pour mot. Dans les textes anciens consultés ici, on trouve audentis, audentes ou audentem, mais pas audaces. Cette dernière forme est une variante moderne, bien installée mais sans passage ancien que je puisse citer.

Virgile, Énéide, X, 284 : « audentis Fortuna iuvat »

C’est la version la plus célèbre, et c’est la plus citée pour « la fortune sourit aux audacieux ». Elle se trouve au chant X de l’Énéide. Énée approche du rivage avec la flotte troyenne. Turnus, le chef des Rutules, ne se laisse pas intimider et harangue ses hommes.

« Allons à leur rencontre, jusqu’au bord de l’eau, tant qu’ils sont affolés et que leurs premiers pas chancellent. La Fortune aide ceux qui osent. »

Virgile, Énéide, X, 282-284 (audentis Fortuna iuvat), traduction libre, texte latin : The Latin Library

L’ironie du passage saute aux yeux quand on connaît la suite : Turnus est celui qui perdra, et l’Énéide s’achève sur sa mort sous le coup d’Énée. Le vers n’est donc pas une garantie, c’est un cri de guerre. Dire « la Fortune aide ceux qui osent », c’est parfois ce qu’un homme se répète pour tenir.

Pline le Jeune, Lettres, VI, 16 : « Fortes fortuna iuvat »

La lettre est adressée à l’historien Tacite, qui lui avait demandé de raconter la mort de son oncle, Pline l’Ancien, lors de l’éruption du Vésuve. Pline l’Ancien commandait la flotte à Misène. À la demande de Rectina, dont la villa était menacée, il fait mettre des quadrirèmes à l’eau pour porter secours. Les cendres tombent de plus en plus chaudes, des pierres ponces et des roches noircies s’abattent, le rivage est barré par un éboulement. Le timonier conseille de faire demi-tour.

« Après avoir hésité un instant à rebrousser chemin, il répondit au timonier qui lui conseillait de le faire : “La fortune aide les braves : fais route vers Pomponianus.” »

Pline le Jeune, Lettres, VI, 16, 11, traduction libre, texte latin : The Latin Library

Au paragraphe précédent, Pline le Jeune décrit son oncle se hâtant vers l’endroit d’où les autres fuient, au point de dicter et de noter chaque aspect de la catastrophe à mesure qu’il le voit. Le même texte nous apprend la suite : il s’effondre, et son corps sera retrouvé intact quand le jour reviendra. La phrase, ici encore, n’a rien promis. Elle accompagne une décision prise les yeux ouverts.

Ovide : deux fois la même idée

Ovide a repris l’idée avec moins de solennité. Dans l’Art d’aimer, au livre I, il conseille à l’amoureux timide de se lancer lors d’un banquet.

« Voici venu le moment de lui parler : loin d’ici, rustique pudeur ! Celui qui ose, le Hasard et Vénus l’aident. »

Ovide, Art d’aimer, I, 607-608 (audentem Forsque Venusque iuvat), traduction libre, texte latin : The Latin Library

Dans les Métamorphoses, Hippomène regarde Atalante courir et se demande pourquoi il ne tenterait pas, lui aussi, sa chance.

« Pourquoi me laisserait-on sans essayer ma chance dans cette course ? Un dieu lui-même aide ceux qui osent ! »

Ovide, Métamorphoses, X, 584-586 (audentes deus ipse iuvat), traduction libre, texte latin : The Latin Library

Du banquet à la piste de course, la formule sert surtout à se donner du courage avant un geste qui coûte. Elle est rarement dite par quelqu’un qui a déjà gagné.

Fortis, fortes, audentes, adiuvat, iuvat : que changent ces variantes ?

Pour s’y retrouver, voici les versions attestées dans les textes consultés pour cet article, avec leur source.

VersionPassageConsulté sur
fortis fortuna adiuvatTérence, Phormion, v. 203The Latin Library, Wikisource latine
fortes fortuna adiuvatCicéron, Tusculanes, II, 11The Latin Library
fortes fortuna iuvatPline le Jeune, Lettres, VI, 16, 11The Latin Library
audentis Fortuna iuvatVirgile, Énéide, X, 284The Latin Library
audentem Forsque Venusque iuvatOvide, Art d’aimer, I, 608The Latin Library
audentes deus ipse iuvatOvide, Métamorphoses, X, 586The Latin Library

Fortis ou fortes : lequel est juste ?

Les deux. Dans fortis fortuna adiuvat, la finale en -is est une variante de l’accusatif pluriel ; fortes, avec sa finale en -es, est la forme de Cicéron et de Pline. Le piège vient du fait que fortis existe aussi comme nominatif singulier : un lecteur pressé comprend alors « une fortune forte aide », ce qui ne veut plus rien dire sans objet. Pour qui n’a pas de latin, fortes évite cette ambiguïté.

Adiuvat ou iuvat : quelle différence ?

Les deux verbes veulent dire « aider ». Adiuvare est construit sur iuvare avec le préfixe ad-, qui marque le mouvement vers quelqu’un : le Wiktionnaire donne iuvo comme synonyme de adiuvo. Térence et Cicéron emploient adiuvat, Virgile et Pline iuvat. Aucun sens différent ne ressort des passages cités ; c’est un choix d’auteur et de rythme.

Pourquoi trouve-t-on « juvat » avec un J ?

Les Romains n’avaient pas de lettre J : le I faisait les deux sons, et le V valait pour U comme pour V. Les éditions imprimées plus tard ont distingué les lettres, d’où juvat dans bien des anciens livres. Les éditions actuelles consultées ici, comme The Latin Library, impriment iuvat. Les deux se rencontrent, et ni l’une ni l’autre ne change le sens.

Les stoïciens croyaient-ils que la fortune aide les audacieux ?

Pas comme le slogan le laisse croire. Pour les stoïciens, le courage est une vertu, l’une des quatre que l’on retrouve dans le guide des quatre vertus cardinales. C’est sur lui que l’on travaille. Mais la réussite, l’argent, la santé, la chance : ces choses-là relèvent de ce qu’on appelle les indifférents, souhaitables peut-être, jamais garantis, et surtout jamais décisifs pour la valeur d’une vie. Compter sur Fortuna, c’est mettre son bonheur dans la main d’une déesse capricieuse.

La formule peut pourtant se lire de façon stoïcienne, à condition de la déplacer. Elle ne dit pas « ose et tu gagneras ». Elle dit, au mieux : « si tu oses, tu t’offres des occasions que l’immobile n’aura pas ». Ce que l’on contrôle, c’est l’acte et le caractère ; ce que l’on ne contrôle pas, c’est la suite. L’amor fati ajoute l’autre moitié : ce qui arrive après, on l’accueille, qu’on ait été aidé ou non.

Pierres plates alignées dans une eau peu profonde sur un rivage rocheux méditerranéen, avec une silhouette lointaine sur la première pierre à l'aube
Oser, ce n’est pas supprimer le risque : c’est faire le premier pas en connaissant la mer.

Cicéron : la raison aide plus que la fortune

La phrase des Tusculanes citée plus haut va dans le même sens, avec un avantage : elle est antique. Cicéron n’est pas un stoïcien orthodoxe, mais il dialogue sans cesse avec eux. En disant que la raison aide les braves « bien plus encore » que la fortune, il déplace le centre de gravité. Le courage ne tient pas qu’à un élan ; il se fortifie par des principes que l’on s’est donnés. C’est exactement l’entraînement que proposent les exercices stoïciens.

Sénèque : ne rien promettre à la fortune

Sénèque, lui, se méfie ouvertement de la fortune. Dans De la tranquillité de l’âme, il conseille de ne pas lui offrir trop de prises, et de ne rien se promettre de sa bonne foi. Le passage est à contre-courant du slogan, ce qui le rend précieux.

« Celui qui entreprend beaucoup remet souvent à la fortune un pouvoir sur lui ; le plus sûr est de l’éprouver rarement, mais de penser toujours à elle et de ne rien se promettre de sa bonne foi : “Je prendrai la mer, à moins qu’il n’arrive quelque chose”, “Je serai préteur, à moins qu’un obstacle ne se présente”. »

Sénèque, De la tranquillité de l’âme, XIII, 2, traduction libre (texte latin : The Latin Library)

« Tout ne lui réussit pas comme il l’a voulu, mais comme il l’avait envisagé. »

Sénèque, De la tranquillité de l’âme, XIII, 3, traduction libre

Il faut lire ce passage dans son contexte : Sénèque y recommande d’éviter la dispersion, pas de ne jamais rien tenter. Mais l’idée est limpide. On peut s’engager, tant qu’on garde en tête que l’issue n’est pas à nous. C’est ce que le résumé du De la tranquillité de l’âme développe plus longuement.

Oser sans se raconter d’histoires : trois mises à l’épreuve

Prenons un cas imaginaire. Camille hésite à envoyer une candidature pour un poste qui la dépasse un peu. Trois questions, sans emphase.

  1. Qu’est-ce qui dépend d’elle ? Préparer son dossier, relire, envoyer avant la date limite. Voilà le périmètre du courage.
  2. Qu’est-ce qui n’en dépend pas ? La réponse, le calendrier de l’employeur, le profil des autres candidats. C’est le terrain de Fortuna.
  3. Quelle sera sa mesure de réussite ? Si c’est « avoir un oui », elle donne la clé de sa journée à quelqu’un d’autre. Si c’est « avoir envoyé un dossier dont elle n’a pas honte », la mesure lui appartient.

Ajoutez-y la clause de réserve de Sénèque : « j’envoie, à moins qu’un élément nouveau ne change la donne ». Elle ne rend pas l’acte timide. Elle évite qu’un refus prenne des allures de verdict sur toute la personne. Pour d’autres phrases sur ce sujet, il y a les citations sur le courage passées au crible d’une vérification de source.

Tatouage « Fortes fortuna adiuvat » : orthographe, pièges et relecture

Le latin se prête bien au tatouage, mais il pardonne mal. Une lettre de trop, un accent inventé, une terminaison oubliée, et la phrase dit autre chose, ou rien. Ces conseils portent sur la graphie et la formulation, pas sur l’art du tatoueur. Ils ne remplacent pas une relecture : montrez le texte final à quelqu’un qui lit le latin (professeur de lettres classiques, latiniste, étudiant en lettres) avant de passer à l’aiguille.

Quelle version choisir ?

Partez d’une version attestée, avec son auteur, et notez-la. Fortes fortuna adiuvat est la forme la plus proche de ce que cherchent les internautes ; fortis fortuna adiuvat est celle de Térence ; audentis Fortuna iuvat est celle de Virgile et correspond mieux à « la fortune sourit aux audacieux ». L’article anglais de Wikipédia cite, parmi les références modernes, un tatouage de la saga John Wick avec la graphie fortis fortuna iuvat : c’est un assemblage qui n’apparaît dans aucun des passages anciens lus ici, ce qui n’en fait pas forcément une faute, mais pas non plus une citation.

Les pièges d’écriture

  • Pas d’accent. Le latin classique n’en porte pas. Écrire fortès ou fortúna n’a aucun sens ; les barres sur les voyelles (macrons) se rencontrent surtout dans les dictionnaires et les manuels.
  • Un verbe au singulier. Le sujet est Fortuna, un seul sujet : adiuvat ou iuvat, jamais adiuvant.
  • Ne pas mélanger les versions. Prendre fortis chez Térence et iuvat chez Pline fabrique un hybride que ni l’un ni l’autre n’a écrit.
  • La majuscule. Fortuna avec un F majuscule désigne la déesse ; en capitales intégrales, la question ne se pose pas.
  • Les lettres à l’antique. Si vous écrivez en capitales romaines, rappelez-vous que le I tient lieu de J et le V de U : FORTES FORTVNA ADIVVAT est la graphie la plus fidèle à une inscription. FORTUNA et IUVAT sont aussi corrects pour un lecteur actuel.
  • Le sens à garder en tête. « Les braves » ne sont pas « les riches ». Fortuna n’a rien à voir avec l’argent dans cette phrase.

Comment prononcer la formule ?

Le Wiktionnaire transcrit la version de Térence, en prononciation classique, [ˈfɔr.tiːs fɔrˈtuː.na ˈad.jʊ.wat], soit à peu près « FOR-tis for-TOU-na AD-you-wat » ; en prononciation d’église, dite ecclésiastique, [ˈfɔr.tis forˈtuː.na ˈad.ju.vat], avec un V presque français. Dans les deux cas, l’accent tonique de fortuna tombe sur l’avant-dernière syllabe, longue : for-TOU-na.

Si vous hésitez entre plusieurs devises latines, l’article frère Per aspera ad astra traite de la même façon un autre classique, avec ses propres pièges. Sur le tatouage carpe diem, voir ce guide des symboles et de leurs pièges. Et pour une autre exhortation à l’audace, mais tournée vers la pensée, il y a Sapere aude.

Quand demander de l’aide

Une devise sur l’audace peut stimuler. Elle peut aussi peser. Si la phrase vous sert à vous reprocher chaque occasion non saisie, ou à vous convaincre qu’un échec prouve un manque de courage, elle travaille contre vous. De même, si « tenter sa chance » désigne pour vous des paris d’argent que vous n’arrivez plus à arrêter, ou si l’anxiété vous empêche de décider quoi que ce soit depuis plusieurs semaines, parlez-en à un médecin, à un psychologue ou à un proche. Le stoïcisme est une pratique de réflexion, pas un soin, et demander de l’aide fait partie des gestes de courage les plus utiles.

Sources et textes consultés

FAQ

Qui a dit « Audaces fortuna juvat » ?

Personne sous cette forme exacte. La formule la plus proche est audentis Fortuna iuvat, vers 284 du chant X de l’Énéide de Virgile, prononcé par Turnus. La version audaces est une variante moderne : elle n’apparaît dans aucun des passages anciens consultés ici.

Que signifie le mot « fortuna » en latin ?

Fortuna désigne la chance ou le sort, bon ou mauvais selon le contexte, ainsi que le destin et la prospérité. Au pluriel, il peut vouloir dire les biens que l’on possède. Avec une majuscule, c’est le nom de la déesse romaine de la Fortune.

Quelle est la signification du proverbe « La chance sourit aux audacieux » ?

Il dit que celui qui se lance s’ouvre des occasions que l’immobile ne verra pas. Il ne dit pas que l’audace garantit le succès. Les textes anciens montrent d’ailleurs des audacieux qui perdent, comme Turnus chez Virgile ou Pline l’Ancien devant le Vésuve.

Qui est l’auteur de la citation « La fortune sourit aux audacieux » ?

Elle n’a pas d’auteur unique. Térence est le plus ancien texte lisible (Phormion, vers 203), Cicéron la rappelle comme un vieux proverbe, et Virgile en a donné la forme la plus célèbre en latin. En français, c’est une traduction du proverbe, sans signature.

Quelle est l’origine de la phrase « Fortes fortuna adiuvat » ?

La forme fortes fortuna adiuvat se lit chez Cicéron (Tusculanes, II, 11), qui parle d’un vieux proverbe. Térence avait déjà écrit fortis fortuna adiuvat dans le Phormion. Pline le Jeune rapporte que son oncle a dit fortes fortuna iuvat face à l’éruption du Vésuve.

Quel est le proverbe latin qui dit que la fortune sourit aux audacieux ?

Plusieurs versions coexistent : fortes fortuna adiuvat pour « la fortune aide les braves », audentis Fortuna iuvat pour « la fortune aide ceux qui osent ». Le français « la fortune sourit aux audacieux » traduit surtout la seconde.

Faut-il écrire fortis ou fortes pour un tatouage ?

Les deux sont attestés : fortis chez Térence, fortes chez Cicéron et Pline. Fortes évite la confusion avec le singulier fortis. Choisissez une version complète d’un auteur, sans accent, avec un verbe au singulier, puis faites-la relire par une personne qui lit le latin.

Les stoïciens disaient-ils que la fortune aide les audacieux ?

Pas dans ces termes. Pour eux, le courage dépend de nous et le résultat non. Cicéron, qui discute avec les stoïciens, écrit que la raison aide les braves plus encore que la fortune, et Sénèque conseille de ne rien se promettre de la fortune.

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Claire Morel

Passionnée par la philosophie stoïcienne et la psychologie comportementale, elle s’intéresse particulièrement à la manière dont les enseignements d’Épictète, de Sénèque et de Marc Aurèle peuvent être appliqués dans la vie quotidienne.