Connais-toi toi-même : origine, sens et lecture stoïcienne

Vous consultez actuellement Connais-toi toi-même : origine, sens et lecture stoïcienne
  • Publication publiée :
  • Catégorie de la publication :Philosophie stoïcienne
  • Auteur/autrice de la publication :
  • Dernière modification de la publication :

⚡ L’essentiel

  • « Connais-toi toi-même » (en grec Γνῶθι σεαυτόν, gnôthi seauton) est une maxime du temple d’Apollon à Delphes. Pausanias (Description de la Grèce, X, 24, 1) et Platon (Protagoras, 343b) la rattachent aux Sept Sages.
  • Socrate ne l’a pas inventée : il s’en réclame chez Platon (Phèdre, 229e-230a), ce qui explique qu’on la lui attribue. Cicéron la traduit par nosce te (Tusculanes, I, 52) et Juvénal la cite dans sa onzième Satire (v. 27).
  • Le sens change d’un auteur à l’autre : examiner son ignorance chez Socrate, connaître son âme chez Cicéron, connaître sa mesure chez Juvénal.
  • La formule n’est pas stoïcienne, mais les stoïciens l’ont prolongée en pratiques : examiner ses impressions (Épictète, Manuel, I, 5), regarder au dedans (Marc Aurèle, VII, 59), passer sa journée en revue (Sénèque, De la colère, III, 36).
  • Pour un tatouage : le grec s’écrit Γνῶθι σεαυτόν, le latin courant nosce te ipsum. Dans les deux cas, une relecture par une personne compétente évite les fautes.

Lectures pour se connaître

Trois mots en français, deux en grec, et une réputation qui dépasse de loin ce que les textes autorisent. On attribue la maxime à Socrate, on la croit stoïcienne, on la grave sur des avant-bras, et l’on s’étonne ensuite de ne pas la retrouver dans les Pensées de Marc Aurèle. À l’examen, il n’y a ni Socrate dans l’inscription de Delphes, ni stoïcien dans la formule, ni même un sens stable d’un auteur à l’autre.

La réponse courte tient en une phrase : « Connais-toi toi-même » est une maxime gravée dans le temple d’Apollon à Delphes, que les Grecs rattachaient aux Sept Sages, que Socrate a transformée en programme de vie chez Platon, que Cicéron a traduite en latin en y lisant « connais ton âme », et que les stoïciens ont prolongée en exercices d’examen de soi.

On suit ici la formule depuis Delphes jusqu’à la page d’Épictète, texte en main, puis jusqu’à l’encre pour ceux qui songent au tatouage. Chaque citation renvoie à un texte consulté ; quand la traduction française est de ma main, elle est signalée comme libre.

Sommaire

Que signifie la citation « Connais-toi toi-même » ?

Cela dépend de qui la lit. L’inscription elle-même ne vient avec aucun mode d’emploi : Pausanias la range parmi des « maximes utiles aux hommes pour la conduite de leur vie », ce qui reste assez large pour contenter tout le monde. Ce sont les auteurs qui la citent, et non le sanctuaire, qui lui ont donné un contenu.

Quatre lectures se détachent des textes réunis plus bas. Chez Platon, Socrate en fait un travail d’examen sur sa propre ignorance. Chez Cicéron, la formule devient « connais ton âme ». Chez Juvénal, elle se réduit, avec une pointe d’ironie, à « connais ta mesure ». Chez les stoïciens, enfin, elle n’est pas citée dans les passages lus ici, mais elle se prolonge en exercices : trier ses impressions, regarder au dedans, repasser sa journée.

Un lecteur pressé en retiendra une définition de dictionnaire : se connaître soi-même, c’est savoir ce que l’on est, ce que l’on vaut et ce que l’on ignore. C’est exact et peu utile. L’intérêt de la formule apparaît quand on regarde ce que chaque auteur a mis derrière le mot « soi », car le corps, l’âme, la place sociale et le jugement ne sont pas la même chose, et tous ne choisissent pas le même.

D’où vient la formule : Delphes, Apollon et les Sept Sages

Que dit l’inscription de Delphes et qui l’a écrite ?

Le témoignage le plus explicite est celui de Pausanias, qui décrit le sanctuaire d’Apollon à Delphes et note ce qui est écrit dans le pronaos, l’espace couvert qui précède la salle du temple. Il prend d’emblée ses précautions : il ne dit pas que les auteurs de ces maximes étaient sages, il dit que ce sont des hommes que les Grecs disent l’avoir été.

« Dans le pronaos du temple de Delphes sont écrites des maximes utiles aux hommes pour la conduite de leur vie, inscrites par ceux que les Grecs disent avoir été des sages. […] Ces hommes, venus à Delphes, consacrèrent à Apollon les formules célèbres : Connais-toi toi-même et Rien de trop. »

Pausanias, Description de la Grèce, X, 24, 1 (traduction libre, d’après le texte grec et la version anglaise de Perseus)

Le grec de Pausanias donne Γνῶθι σαυτόν, avec la forme contractée sautón, et non la forme pleine seautón qu’on trouve ailleurs ; la seconde maxime est Μηδὲν ἄγαν, « rien de trop ». Les deux vont ensemble dans les textes cités ici, et cette paire dit déjà quelque chose : l’une demande de se connaître, l’autre de ne pas dépasser sa mesure.

Platon raconte la même histoire sous un autre angle. Dans le Protagoras, Socrate vante la brièveté des Anciens et en fait un trait lacédémonien, au cours d’une démonstration menée avec une ironie assez visible autour d’un poème de Simonide.

« [Les sages] consacrèrent à Apollon, dans le temple de Delphes, les prémices de leur sagesse, en y inscrivant ces mots que tous célèbrent : Connais-toi toi-même et Rien de trop. Pourquoi dis-je cela ? Parce que tel était le style des philosophes anciens : une brièveté à la lacédémonienne. »

Platon, Protagoras, 343b (traduction libre, d’après le texte grec de Burnet)
Seuil de pierre usée d'un temple antique avec un rameau d'olivier et une petite lampe à huile en terre cuite
Le pronaos de Delphes, selon Pausanias, portait les maximes des Sages.

Les deux sources s’accordent sur le nombre sept et divergent sur la liste, ce qui est instructif. Platon, quelques lignes plus haut, cite Thalès, Pittacos, Bias, Solon, Cléobule, Myson et Chilon. Pausanias, qui connaît cette liste, remarque que le septième est Myson de Chênes, chez Platon, et non Périandre, fils de Kypsélos, que d’autres listes retiennent. Le chiffre sept est stable, la composition ne l’est pas, et l’attribution de la maxime à tel sage précis est donc impossible à établir sur ces seuls textes.

Ce que l’on peut dire sans risque est plus modeste : au moins deux auteurs grecs savaient que la formule était inscrite à Delphes, la rattachaient à une tradition de sages et la tenaient pour ancienne. Quant à la date de la gravure, aucun des deux ne la donne.

Socrate et Platon : qui a vraiment dit « Connais-toi toi-même » ?

Quelle est la célèbre phrase de Socrate ?

La plus connue n’est pas la maxime de Delphes mais une condensation : « Je sais que je ne sais rien ». Elle ne figure pas mot pour mot dans le passage de l’Apologie (21d) où Socrate, après avoir interrogé un homme réputé sage, conclut qu’il est plus sage que lui en ceci : ce qu’il ne sait pas, il ne croit pas non plus le savoir. La nuance compte. Il ne professe pas une ignorance totale, il refuse d’afficher un savoir qu’il n’a pas. C’est déjà une manière de se connaître.

Le lien explicite avec Delphes est dans le Phèdre. Phèdre emmène Socrate hors des murs d’Athènes, au bord de l’Ilissos, et lui demande ce qu’il pense du mythe de Borée. Socrate répond qu’il n’a pas le temps de rationaliser les centaures, la Chimère et les Gorgones, et il donne sa raison.

« Je n’ai point tant de loisir. Pourquoi ? c’est que j’en suis encore à accomplir le précepte de l’oracle de Delphes, Connais-toi toi-même ; et quand on en est là, je trouve bien plaisant qu’on ait du temps de reste pour les choses étrangères. »

Platon, Phèdre, 229e-230a (traduction Victor Cousin)

La traduction de Lamb, sur Perseus, rend la même idée d’une autre façon : Socrate n’est « pas encore capable », selon l’inscription de Delphes, de se connaître lui-même. Il enchaîne d’ailleurs en se demandant s’il est un monstre plus compliqué que Typhon ou un être plus simple et plus doux, ce qui est une façon très socratique de transformer la maxime en question posée à soi-même plutôt qu’en réponse. Le Socrate du Phèdre ne se connaît pas : il cherche.

Le dialogue Alcibiade (dit Alcibiade I) développe l’idée plus longuement, avec une réserve que je ne cache pas : les spécialistes discutent son authenticité, et certains l’attribuent à un auteur proche de Platon plutôt qu’à Platon lui-même. Le passage n’en reste pas moins un bon témoin de la façon dont on comprenait la maxime dans le cercle platonicien.

« Seulement, est-ce chose facile de se connaître soi-même ? et celui qui a mis ce précepte au temple de Pytho était-il le premier venu ? ou bien est-ce une tâche malaisée, qui n’est pas à la portée de tous ? »

Platon, Alcibiade (I), 129a (traduction Maurice Croiset)

Plus loin dans le dialogue, Socrate propose une image qui mérite d’être retenue. Pour se voir, l’œil doit regarder un autre œil : c’est dans la pupille de l’autre, comme dans un miroir, qu’il se voit lui-même. Transposée à l’âme, l’image dit quelque chose de peu flatteur pour l’introspection solitaire : on se connaît mal sans un interlocuteur, sans quelqu’un qui renvoie une image.

Quelle est la phrase culte de Platon ?

Il n’y en a pas une seule, et la plus citée dans son entourage n’est pas de lui. Platon cite la devise de Delphes dans le Protagoras, le Phèdre et l’Alcibiade, mais il la donne chaque fois comme une formule reçue, jamais comme la sienne. Le Socrate de ses dialogues l’emploie, la discute, la retourne. L’attribution à Socrate vient de cet usage répété, et non d’une paternité.

Du grec au latin : nosce te, Cicéron et Juvénal

Comment dit-on « connais-toi toi-même » en latin ?

La forme courante aujourd’hui est nosce te ipsum, mais Cicéron, dans les Tusculanes, écrit simplement nosce te, à l’impératif de noscere. Il le fait dans un passage où il utilise la maxime comme argument sur la nature de l’âme, et sa lecture est la plus surprenante de toutes : il écarte d’emblée le corps.

« Quand le dieu dit : Connais-toi, voici ce qu’il dit : Connais ton âme. Car le corps n’est pour ainsi dire qu’un vase, un réceptacle de l’âme ; tout ce que fait ton âme, c’est toi qui le fais. »

Cicéron, Tusculanes, I, 52 (traduction libre, d’après le latin : cum igitur « nosce te » dicit, hoc dicit : « nosce animum tuum »)

Juste avant, Cicéron précise qu’Apollon ne demande pas de connaître ses membres, sa taille ou sa silhouette. Juste après, il en tire un argument : si l’âme n’était pas divine, un précepte qui exige un esprit assez pénétrant ne serait pas attribué à un dieu. Le sens est fixé par l’usage qu’on veut en faire, et Cicéron, dans ce livre sur la mort, veut un appui pour la survie de l’âme, pas un exercice quotidien.

Juvénal prend le chemin inverse. Dans la onzième Satire, consacrée à la sobriété de la table et des dépenses, il fait descendre la maxime du ciel pour la ramener au niveau du porte-monnaie.

« Du ciel est descendu le Connais-toi toi-même, formule à graver en soi et à retourner dans un cœur qui n’oublie pas. »

Juvénal, Satires, XI, 27-28 (traduction libre ; la maxime est donnée en grec dans le texte latin)

La suite est savoureuse. Qu’on cherche à se marier, à siéger au Sénat ou à plaider une cause risquée, il faut se dire qui l’on est : un orateur véhément, ou un simple bruyant ? Thersite, rappelle Juvénal, ne réclame pas la cuirasse d’Achille. Quelques vers plus loin, la leçon est formulée dans une expression sèche, noscenda est mensura sui : il faut connaître sa propre mesure. La maxime de Delphes est devenue un conseil de prudence sociale.

Cette migration compte pour la suite. En passant du grec au latin, la formule perd son contexte religieux et gagne des usages : appui métaphysique chez Cicéron, règle de proportion chez Juvénal. Quand les stoïciens la prolongent, ils héritent d’une maxime déjà plurielle.

La lecture stoïcienne : un héritage socratique, pas une formule stoïcienne

Disons-le net : « Connais-toi toi-même » est delphique et socratique. Le stoïcisme naît après Socrate, et dans les trois textes de Marc Aurèle, d’Épictète et de Sénèque lus pour cette page, la formule n’apparaît pas. Les en créditer est un raccourci. Ce qu’ils ont fait est plus intéressant : donner à l’injonction un protocole.

Épictète : se connaître, c’est examiner ses impressions

Dans les premières lignes de son Manuel, Épictète partage les choses en deux familles : celles qui dépendent de nous (l’opinion, le vouloir, le désir, l’aversion) et celles qui n’en dépendent pas (le corps, les biens, la réputation, les dignités). C’est le principe que développe la dichotomie du contrôle. Le paragraphe 5 en tire la conséquence pratique.

« Aussitôt donc, devant toute imagination pénible, exerce-toi à dire : Tu es imagination et apparence, nullement l’objet que tu parais être. Ensuite sonde-la, et juge-la avec les règles que tu possèdes : la première et la principale, c’est de voir s’il s’agit des choses qui dépendent de nous ou de celles qui n’en dépendent pas. »

Épictète, Manuel, I, 5 (traduction Jean-Marie Guyau, 1875)

Se connaître revient ici à savoir ce qui se passe en soi quand quelque chose nous trouble : une impression arrive, on ne la prend pas pour le réel, on la soumet à un critère. Le détail du mécanisme se trouve dans notre texte sur l’examen des impressions. Le résultat promis par Épictète est une forme de liberté, et la page consacrée aux citations sur la liberté montre comment les trois grands stoïciens la déclinent.

Marc Aurèle : regarder au dedans

Marc Aurèle ne parle pas de se connaître, il dit où regarder. L’image est celle du puits, pas celle du miroir, et elle suppose un lieu précis de l’âme, que les stoïciens appellent le principe directeur ou hégémonikon.

« Regarde au dedans de toi ; c’est au dedans qu’est la source du bien, laquelle peut s’épancher à jamais, si tu sais à jamais la creuser et l’approfondir. »

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, VII, 59 (traduction Barthélemy-Saint-Hilaire, 1876 ; la numérotation varie selon les éditions)

À la relecture, ce qui frappe est le verbe : on creuse. Il ne s’agit pas de contempler un moi déjà là, mais de travailler, et la source ne coule que si l’on creuse toujours. La démarche est celle des Pensées, un carnet tenu par un empereur pour son propre usage.

Sénèque : le tribunal du soir

Sénèque est celui qui précise le calendrier. Dans le troisième livre du traité sur la colère, il rapporte l’habitude de Sextius, qui interrogeait son âme chaque soir, puis déclare la pratiquer lui-même ; la version de Sextius figure déjà dans notre guide du journal stoïcien. Voici le passage où Sénèque parle de lui.

« J’use de ce pouvoir et chaque jour je plaide ma cause devant moi. Quand la lumière a été retirée et que ma femme, qui connaît déjà mes habitudes, s’est tue, j’examine toute ma journée et je repasse mes actes et mes paroles ; je ne me cache rien, je ne laisse rien passer. »

Sénèque, De la colère, III, 36, 3 (traduction libre, d’après le texte latin de The Latin Library)

L’exemple qu’il donne ensuite est d’une modestie rafraîchissante : il s’est montré trop pugnace dans une discussion et se recommande de ne plus se frotter aux ignorants, noli postea congredi cum imperitis. Le but n’est pas l’accusation de soi mais l’amendement, et la colère diminue, dit-il, quand on sait qu’on devra comparaître chaque jour. Le traité complet est résumé dans notre fiche sur le De ira.

Comment se connaître soi-même, concrètement ?

C’est quoi se connaître soi-même ?

Les textes lus ici permettent d’en donner une définition de travail, à défaut d’une vérité : se connaître, c’est repérer comment on juge, ce qu’on croit savoir sans le savoir, ce qui dépend de soi, et comment on se conduit. Cela ne suppose ni portrait intérieur définitif, ni réponse à la question « qui suis-je ? ». Chez Socrate, la connaissance de soi commence par un aveu d’ignorance ; chez les stoïciens, elle passe par des gestes précis, répétés.

Prenons un exemple hypothétique, annoncé comme tel. Un collègue ne répond pas à un message important. L’impression qui surgit, « il m’ignore », arrive avec l’allure d’un fait. La méthode d’Épictète se lit en trois temps : nommer l’impression pour ce qu’elle est (une apparence), chercher ce qui, dans la scène, dépend de soi (écrire un nouveau message, demander clairement), et laisser de côté le reste (ce que l’autre pense). Le soir, la méthode de Sénèque ajoute un temps de relecture : avais-je raison de m’agacer, et qu’ai-je fait de cet agacement ?

Table d'écriture romaine à la nuit tombée avec une lampe à huile, une tablette de cire vierge et un stylet
Le soir, selon Sénèque, la journée repasse devant un juge qui est aussi l’accusé.

Est-il possible de se connaître soi-même en philosophie ?

La tradition ne promet pas une connaissance complète. Socrate dit dans le Phèdre qu’il n’y est pas encore parvenu, l’Alcibiade laisse la question de la facilité en suspens (facile ou non, dit Socrate, il faut s’y mettre), et l’image de l’œil suggère qu’on a besoin d’autrui pour y voir. Les stoïciens visent plus modestement un jugement mieux ordonné, non une transparence totale.

Une réponse honnête est donc oui, par morceaux et avec des outils : un carnet, un exercice du soir, un interlocuteur sincère. Non, si l’on attend de la formule un état final où tout serait connu. Ce que les auteurs cités promettent, c’est une amélioration de la conduite, pas un achèvement.

Pour une autre devise antique, tournée vers le courage de juger, Sapere aude fait un bon pendant à la maxime de Delphes : l’une demande de se regarder, l’autre d’oser penser.

Γνῶθι σεαυτόν : le grec, le latin et le tatouage

Le grec ancien se translittère gnôthi seauton. Gnôthi est l’impératif aoriste de gignôskô, « connaître » ; seauton est le pronom réfléchi de la deuxième personne à l’accusatif, « toi-même ». La formule mérite quelques précautions avant d’être gravée.

  • Orthographe : Γνῶθι σεαυτόν, deux mots, avec un accent circonflexe sur le ω de Γνῶθι et un accent aigu sur le ό final de σεαυτόν. La forme σαυτόν (Pausanias, Platon dans l’édition de Burnet) est une contraction attestée ; la forme pleine σεαυτόν est celle de Juvénal et des citations courantes.
  • Majuscules : en capitales, l’usage antique écrit sans accents, ΓΝΩΘΙ ΣΕΑΥΤΟΝ. Choisissez un style et tenez-vous-y : majuscules sans accents, ou minuscules accentuées avec une majuscule initiale.
  • Système d’accents : le grec moderne en monotonique donnerait Γνώθι avec un accent aigu, tandis que le polytonique antique garde le circonflexe. Les deux existent, mais ils ne se mélangent pas dans une même inscription.
  • Outils numériques : certains claviers et polices produisent des lettres d’aspect grec qui ne sont pas le bon caractère (un o latin à la place du ο grec, par exemple). Un modèle destiné à être reproduit doit être contrôlé lettre à lettre.

En latin, la forme courante est nosce te ipsum (« connais-toi toi-même »), tandis que Cicéron, on l’a vu, écrit nosce te. Les pièges sont plus discrets : nosce est un impératif et ne s’écrit pas noscere, qui est l’infinitif ; te ipsum reste en deux mots ; et le pronom doit rester à la deuxième personne, car se ipsum parlerait de quelqu’un d’autre.

Reste le choix de la formule. Ajouter Μηδὲν ἄγαν à la suite reproduit la paire de Delphes. Quant à la version longue qu’on lit partout, « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux », elle ne figure dans aucune des sources antiques consultées ici : Pausanias et Platon ne rapportent que deux maximes. Mieux vaut la traiter comme une formule tardive d’origine incertaine que comme une inscription de Delphes.

Dernier conseil, valable pour tout texte antique destiné à être gravé : faites relire la graphie finale par une personne compétente en grec ancien ou en latin. Un accent oublié ne se corrige pas à la gomme.

Quand demander de l’aide

L’examen de soi est un outil, pas une thérapie. Pratiqué sans mesure, il peut tourner à la rumination, au reproche permanent ou à la honte, loin de l’amendement que décrit Sénèque. Si les questions du soir deviennent une accusation sans fin, si la tristesse, l’angoisse ou la culpabilité occupent la plus grande partie de vos journées ou gênent votre sommeil et votre travail, parlez-en à un médecin, à un psychologue ou à un proche de confiance. Les textes antiques peuvent accompagner une démarche ; ils ne remplacent pas un professionnel.

Sources et textes consultés

FAQ

Que signifie la citation « Connais-toi toi-même » ?

C’est une maxime inscrite au temple d’Apollon à Delphes, que Pausanias et Platon rattachent aux Sept Sages. Son sens varie : Socrate y trouve un examen de sa propre ignorance, Cicéron y lit « connais ton âme », Juvénal « connais ta mesure ».

Quelle est la célèbre phrase de Socrate ?

On cite surtout « Je sais que je ne sais rien », qui condense un passage de l’Apologie (21d) : Socrate y dit que ce qu’il ne sait pas, il ne croit pas non plus le savoir. Le Connais-toi toi-même lui est associé parce qu’il s’en réclame dans le Phèdre (229e-230a), sans l’avoir inventé.

Quelle est la phrase culte de Platon ?

Il n’existe pas une phrase unique qui fasse l’unanimité. Platon cite la devise de Delphes dans le Protagoras, le Phèdre et l’Alcibiade, mais comme une formule reçue et non comme la sienne.

Est-il possible de se connaître soi-même en philosophie ?

Pas de façon complète, selon les textes : Socrate dit ne pas y être encore parvenu et l’Alcibiade suggère qu’on a besoin d’autrui pour se voir. Les stoïciens visent plutôt un jugement mieux ordonné, par l’examen des impressions et de la journée.

C’est quoi se connaître soi-même ?

Dans les textes antiques, c’est repérer sa manière de juger, ses ignorances, ce qui dépend de soi et ce que l’on fait réellement. Ce n’est pas obtenir un portrait intérieur définitif, mais travailler régulièrement sa conduite.

Comment dit-on « connais-toi toi-même » en latin et en grec ?

En latin, la forme courante est nosce te ipsum ; Cicéron écrit nosce te (Tusculanes, I, 52). En grec, c’est Γνῶθι σεαυτόν, gnôthi seauton. Pour un tatouage, une relecture par une personne compétente en latin ou en grec évite les fautes d’accent et de graphie.

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux » vient-il de Delphes ?

Les sources antiques consultées ici (Pausanias, Platon) ne rapportent que deux maximes, Connais-toi toi-même et Rien de trop. La version longue n’y figure pas, et son origine reste incertaine.

Newsletter

2 lettres par mois. Sobre.

Des outils stoïciens concrets, pas de remplissage. Tu peux te désabonner en 1 clic.

✓
Vérifie ta boîte mail. Tu as un email de confirmation à valider.

Adrien Fontaine

Passionné de philosophie antique, Adrien Fontaine plonge dans les textes de Sénèque, Épictète et Marc Aurèle pour en restituer le sens profond et le rendre vivant aujourd'hui.